La lumière de Bornéo de Zidrou et Frank Pé

la-lumiere-de-borneo-couvertureIl n’y a pas à dire : cette idée de confier des one-shot des aventures de Spirou à d’autres auteurs est brillante. L’idée a d’ailleurs été reprise pour les personnages de Lucky Luke et de Mickey. Le dernier volume en date de la collection Le Spirou de… le confirme de la plus belle des manières. Je n’irai pas par quatre chemins, La Lumière de Bornéo tient pour moi du chef-d’oeuvre !

Dès la première planche, le lecteur en prend plein les yeux. Le dessin et la mise en scène sont juste superbes. Le découpage des premières pages est très cinématographique. Cette introduction, par ailleurs assez violente pour une BD grand public, laisse penser que nous sommes en présence d’un récit d’aventure qui aura pour décor la jungle africaine. Que nenni, il se déroulera  dans un Bruxelles légèrement futuriste. On comprend que la Belgique a traversé une crise économique qui a laissé des traces. Ainsi, l’Atomium est laissé à l’abandon, des gardes armés semblent surveiller la ville. Ces éléments ne sont que suggérés et créent un étrange sentiment de gravité et de malaise. C’est malin, maîtrisé et finement joué !

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L’histoire prend le temps de se mettre en place, multipliant les intrigues ainsi que les thèmes abordés. Ces thèmes sont nombreux : la filiation, l’influence des médias (tiens, un peu comme dans le Elle de Paul Verhoeven sans les viols et plus maîtrisé), le monde des arts (avec une attaque en règle des spéculateurs), du journalisme, des politiques, de l’écologie… L’habile scénario de Zidrou questionne également sur la place de l’art dans la société (dans la civilisation ?) mais également sur celle qu’on accorde aux animaux. Il est assez remarquable de voir comment tous ces éléments sont intégrés à l’histoire sans jamais l’alourdir. Les intrigues se développent en parallèle, puis se croisent  avec un sens du rythme assez impressionnant. C’est simple, pratiquement chaque page se clôture sur un cliffhanger. Le tout est soutenu par des dialogues de qualité. Quelle maîtrise !

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De maîtrise, il en est également question quand on se penche sur le dessin. Les cases regorgent de détails et les protagonistes principaux (Spirou, Fantasio, Spip et Champignac) ont un design parfait, plus réaliste et moderne, tout en restant fidèle au matériau de base. La Lumière de Bornéo s’intègre d’ailleurs très bien dans l’univers Spirou allant même jusqu’à exhumer Noé, un personnage vu auparavant dans l’histoire courte Bravo les Brothers (publié en bonus avec l’album Panade à Champignac).

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Là où le talent de Frank Pé (Broussaille) explose, c’est dans la représentation des animaux qui, quel que que soit leur niveau de réalisme, sont superbes. Je décerne également  une mention spéciale au design des véhicules et en particulier au quad de Champignac tout droit sorti d’un manga.

la-lumiere-de-borneo-05Cette aventure de Spirou est la quintessence de la bande dessinée grand public ! Ses multiples niveaux de lectures la destinent au plus grand nombre. Que ce soit sur le fond ou la forme, elle est quasi parfaite. Un vrai coup de cœur !

Note : 19/20

 

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