Interview de Stan W Decker, illustrateur

Stan W Decker, illustrateur, est parvenu à se faire un nom dans le milieu metal et hard-rock. Il a accepté de répondre à quelques questions :

stan-w-decker

KS : Salut Stan, merci pour cette interview. Pourrais-tu te présenter rapidement?
Hello, je suis illustrateur spécialisé dans le design de pochette/packaging de disques. J’ai commencé cette activité en parallèle d’une carrière dans la communication en tant que graphiste, puis D.A. . Depuis mi-2012, l’appel de la liberté m’a converti aux joies d’être freelance.

KS : Tu as réalisé de nombreuses pochettes d’album, dont certaines pour des légendes du rock. Je pense notamment à Ritchie Blackmore, mythique guitariste de Deep Purple. Quand t’es-tu rendu compte que, pour toi, les choses sérieuses commençaient ?
Tout a débuté sérieusement grâce à quelques fanarts d’Eddie The « Ead », la mascotte ricanante d’Iron Maiden, groupe dont je suis fan depuis l’adolescence. J’ai été repéré par un magazine italien qui souhaitait faire sa couverture d’un dossier concernant la face cachée de Maiden. Ils m’ont demandé de leur prêter un dessin. La couverture a tapé dans l’œil de Frontiers Records qui m’a ajouté à leur pool d’artistes. Mon premier gros travail a donc été pour le projet de Timo Tolkki : Avalon. Il faut tout de même préciser que j’avais travaillé précédemment (à divers niveaux d’intervention) pour quelques groupes reconnus : Megadeth, Freak Kitchen, No Return, In Arkadia, Awacks, Lokurah mais que le « déclic » – ce moment où tout bascule – c’est ce partenariat avec Frontiers Rec.

stan-w-decker-1

KS : Penses-tu que le fait d’être un énorme fan de hard-rock/metal a été décisif dans ton orientation professionnelle ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir choisi d’exercer tes talents dans le domaine de l’illustration ou de la bande dessinée ?

Tu donnes la réponse. Oui ! Je rêvais de réaliser des illustrations pour des couvertures d’album depuis des années. Outre l’admiration pour les covers d’Iron Maiden, de Yes, d‘Asia ou de Judas Priest, j’avais récupéré un livre 30 cm x 30 cm (réédité depuis à un format réduit, dommage) d’illustrations de vinyles. Je l’ai usé à force de le regarder et de le décrypter… Ajoute à cela une soif de culture toute estudiantine privilégiant l’achat de CD à celui de nourriture, je me retrouve rapidement formaté, passionné par cet art qui envahit progressivement toute ma vie. Quant à la seconde partie de ta question, je n’ai pas le talent pour faire de la bande-dessinée, encore moins le temps ni la passion pour ce média.

KS : Peux-tu présenter tes méthodes de travail ? Crées-tu tes artworks directement sur ordinateur ou, utilises-tu encore, de temps en temps, un bon vieux crayon à papier ?

Mes méthodes sont originellement très variables mais je dois avouer être obligé de privilégier l’outil informatique pour des raisons pratiques et de gain de temps. Heureusement, je ressors mes crayons – le plus souvent un bon vieux Bic noir, un crayon et une gomme – pour réaliser des petits croquis ou des illustrations qui n’ont pas forcément vocation à terminer leur vie sur un album. C’est une sorte de soupape qui évite l’aliénation et une certaine lassitude du travail sur tablette graphique.

stan-w-decker-4

KS : Certains artistes te laissent-ils carte blanche pour la réalisation de leur pochette de disque ?

Cela arrive, mais je préfère avoir un brief, même succinct afin de cadrer avec le style souhaité par l’artiste… L’un de mes atouts est de travailler plusieurs styles graphiques et il n’est pas évident de décrypter ce qu’ont les demandeurs en tête… Car, oui, parfois, un groupe de Heavy ne voudra pas de dragon et souhaitera se diriger vers – par exemple – du collage bien dark ou une illustration fun inspirée de Comics.

KS : Quelle est-ton espace de liberté quand tu crées une pochette ? Y-a-t-il des codes, des archétypes à respecter quand on travaille sur une pochette de thrash, de heavy ou de prog ? Si c’est le cas, quel est le genre musical qui t’inspire le plus graphiquement parlant ?

On ne peut pas éviter les archétypes, ils sont même nécessaires afin d’identifier tel  groupe dans les linéaires des grandes enseignes ou sur le net. Il arrive parfois qu’un groupe souhaite s’éloigner des codes pour une raison personnelle mais généralement, on peut associer facilement une illustration au style pratiqué par le groupe. Est-ce d’ailleurs un respect des archétypes ou simplement quelque chose de naturel, héritage des débuts des mouvements concernés?… On pourra définir le fun/écolo/humour noir des covers de Thrash old school, la poésie/surréalisme/abstraction du Progressif, l’ado fan de AD&D du Heavy, etc. J’aime beaucoup papillonner entre tous ces styles (et d’en rajouter d’autres d’ailleurs) et je n’ai pas de préférence. J’ai toujours été éclectique dans mes goûts musicaux et il en est de même pour le graphisme.

stan-w-decker-7

KS : Pour toi, qu’est-ce qu’une pochette de disque réussie ?
Sa lisibilité et son message, dans cet ordre… 12x12cm, c’est tellement petit que tu as intérêt à miser sur l’efficacité.

KS : Le vinyle fait son grand retour et c’est particulièrement vrai dans le monde du metal. Est-ce différent de concevoir une pochette quand on sait quelle va être utilisée pour ce format ?

Pas vraiment différent, une version vinyle sera dans 99% des cas exploitée au format réduit du Digipack ou du boitier « cristal ». Je garde donc en tête l’idée qu’un vinyle risque d’être produit à un moment ou à un autre et j’agis en conséquence…

KS : Et le retour de la cassette, t’en penses quoi ?

Je n’y vois que quelque chose d’anecdotique et d’un peu hype. Autant le vinyle apporte une profondeur et une vie (que le numérique a du mal à retranscrire), autant le souffle et la distorsion de bande d’une cassette me semblent rédhibitoires à l’heure actuelle. La cassette avait pour elle sa praticité… dans les ’80, début 90′ mais ceci est révolu.

KS : Tu es graphiste freelance. Je sais que tu as des périodes de travail parfois très intenses. Quel est pour toi l’aspect le plus difficile de ton métier ?

L’aspect le plus compliqué est la gestion des plannings et le fait de quasiment tout gérer, de la partie commerciale au relationnel (… et tu connais ma capacité infinie à bavarder) en passant par le travail de création en lui-même. J’ai la chance de pouvoir compter sur ma moitié pour la comptabilité de mon entreprise (ouf), ceci me soulage et me permet de dégager un peu plus de temps pour l’aspect créatif. C’est cependant un métier-passion prenant et motivant qui arrive à faire passer la pilule des 50-60 heures hebdomadaires.

KS : Question qui tue : peut-on réaliser une bonne pochette pour un groupe dont on n’apprécie pas la musique ?

… en fait, il arrive que je n’ai pas la musique pour accompagner la création de la cover… parce que le mix ou même l’enregistrement n’est pas commencé. Je fais avec (d’où la demande systématique d’un brief) et me concentre sur ma partie, le but étant de fournir de toutes manières un visuel qualitatif qui servira l’image du groupe.

stan-w-decker-3

KS : De par ta profession, tu es amené à écouter beaucoup de groupes. Que penses-tu de l’évolution de la scène rock et metal en particulier ?

La question qui tue, c’est celle-ci. Je réfléchis souvent à ceci, me disant que le Metal n’a rien apporté de neuf depuis Korn et éventuellement le (la) Djent… J’ai souvent l’impression que le Metal moderne se concentre plus sur la technique, sur la production que sur la qualité des compositions. Je sais que c’est un style qui prône depuis ses débuts en tant que power blues  la  » too much attitude« , mais cette course à l’échalote a atteint ses limites depuis une bonne quinzaine d’années. Forcément, en tant que quadra, j’ai du recul sur tout ce mouvement mais je ne pense pas qu’écrire le riff le plus badass-balaise-que-je-mets-un-mois-à-maîtriser sur Guitar pro soit la meilleure méthode pour produire une musique qui attire. Depuis 15-20 ans, la technicité (merci DT ou Meshu‘) a supplanté l’émotion et l’énergie sauvage… En ça, je trouve que le Metal a perdu des plumes…

KS : Il n’y a certainement jamais eu autant de sorties metal mais peu de groupes se détachent du lot. A ton avis, quels sont les futurs grands du genre ?

Ghost par son originalité globale (qu’on ne vienne pas les comparer avec BÖC!!!) : on aime ou on déteste, certes mais on ne peut que constater qu’ils sortent de la masse… On ne peut pas non plus passer sous silence le revival heavy/hard : AC/DC n’étant plus, il est clair qu’Airbourne fédère les amateurs. Pour le heavy, c’est beaucoup plus compliqué car nombre de dinosaures sont encore bien présents et le géant Iron Maiden continue de régner sans partage… Pour le Thrash, je pense que Vektor est en train de faire son chemin, là aussi en proposant quelque chose d’assez nouveau tout en restant catchy

stan-w-decker-8

KS : De quel(s) groupe(s) attends-tu avec impatience les prochaines productions ?

Ghost, Vola… En fait, je me concentre en ce moment sur des albums ’70, leurs sorties se situent souvent à la rubrique nécrologique…

KS : KultureShoot est un blog qui touche à toutes formes de culture. En dehors de la musique, quels sont tes autres centres d’intérêts ?
Adorant m’évader dans le merveilleux et l’extra-ordinaire depuis tout petit, je suis grand amateur de littérature et ciné fantastique/S-F de toute époque… de ciné gore japonais également. L’une de mes autres passions, c’est (tu le sais bien) mon attraction pour le retro-gaming et jeux récents inspiré des gameplay de l’âge d’or, les bornes d’arcade et tout ce qui touche à la culture vidéoludique depuis ses débuts. Prochain projet : me monter un joli mamecab‘ de dimensions modestes dans mon futur bureau. Tu y seras le bienvenu!

Pour terminer, je tiens à te remercier pour m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer dans les pages de KultureShoot, jeune blog dynamique et prometteur!

Toutes les illustrations utilisées dans cet interview proviennent du site de Stan W Decker : http://www.stanwdartworks.com/

Moi, en train de rédiger des articles pour le blog. En plus, mon chat Blondin est caché à l'arrière plan !
Moi, en train de rédiger des articles pour le blog. En plus, mon chat Blondin est caché à l’arrière plan !

Laisser un commentaire