Gandahar, la revue de tous les imaginaires – numéro hors-série spécial Aventuriales (septembre 2016)

L’association Gandahar publie régulièrement une revue du même nom. Elle est également à l’origine des Aventuriales de Ménétrol, un excellent salon du livre et de l’imaginaire qui se tient en Auvergne. A l’occasion de la deuxième édition, un numéro hors-série de Gandahar a vu le jour en septembre 2016. Treize auteurs  y proposent une nouvelle, pour la plupart inédite.

Venant juste d’en finir la lecture, je vous propose de revenir sur les différentes nouvelles qui composent ce recueil (les nouvelles sont présentées dans leur ordre de publication).

gandahar-hors-serie-avanturiales« Konnor et Cassie au fond des mers » de Brice Tarvel

Konnor et Cassie sont deux SDF qui, après avoir consommé une substance étrange, se retrouvent dotés de la capacité de vivre sous l’eau. Tout au long de la nouvelle, l’auteur joue avec le lecteur qui doit démêler le vrai du faux. L’aventure de nos deux héros est-elle réelle  ou sont-ils sous l’emprise d’une drogue quelconque ? On peut se laisser prendre au jeu et chercher des indices qui n’en sont peut-être pas. J’avoue n’avoir été que moyennement convaincu par cette aventure qui m’a laissé quelque peu sur ma faim.

« La Chevauchée » de Luce Basseterre

La nouvelle suivante est bien plus convaincante. On y suit les rescapés d’un tsunami qui cherchent à survivre face à la dureté des éléments naturels et à la folie des hommes. Luce Basseterre nous plonge en quelques phrases dans un univers mi-fantasy mi-science-fiction légèrement teinté de considérations écologiques. Si ce monde nous parait familier (on pense à l’Afrique ou à l’Amérique latine), l’excellente idée de l’auteure est d’y avoir intégré des éléments purement fantastiques comme ces routes « vivantes ». L’écriture, nerveuse, rapide et favorisant les phrases courtes, convient très bien au format de la nouvelle. Une auteure à suivre.

« Accident prévisible » de Laurent Genefort

L’action se situe dans un futur proche dans un Sahara transformé en immenses champs de céréales. La découverte d’un corps par la police locale va soulever de nombreuses questions. La grande force de cette nouvelle est de s’appuyer sur les références du lecteur. Il est très facile de s’immerger rapidement dans l’histoire qui s’appuie sur les codes classiques des romans policiers. L’utilisation de la situation géopolitique contemporaine est également une très bonne idée. L’auteur maîtrise le format de la nouvelle et en quelques pages il parvient non seulement à nous scotcher à l’intrigue policière dont on attend le dénouement mais, également, à instaurer un début de réflexion sur le bien-fondé des avancées scientifiques et technologiques. Du tout bon !

« La Collectionneuse » de Jean-Pierre Fontana

C’est à Jean-Pierre Fontana que l’on doit l’association Gandahar. Il propose une histoire fantastique plus traditionnelle  que j’aurais bien vu adaptée en film par la Hammer de la grande époque. On y suit un jardinier qui tombe éperdument amoureux d’une jeune lectrice qui vient régulièrement dans le parc dont il a la charge. Très bien écrite, captant rapidement l’attention du lecteur, la nouvelle fonctionne  admirablement bien.

« Fers et Talons » de Dominique Lémuri

Ce récit à la première personne est à la croisée du fantastique et du conte. Une jeune danseuse voit sa vie bouleversée quand elle accepte une étrange paire de chaussures.  Si le style est maîtrisé, l’histoire, quoi qu’agréable à suivre, s’avère bien trop classique que ce soit dans sa thématique ou dans son déroulement. Une nouvelle correcte mais qui manque de personnalité pour réellement sortir du lot.

« Le Félix Bar » de Pierre Guévart

Bienvenue sur Diluba 2, planète poisseuse à l’ambiance de western spaghetti. On est en terrain connu et on visualise facilement l’univers où se déroule ce récit de science-fiction. Selon ses références, on pensera à la planète mars de Total Recall ou au bonnes vieilles séries d’animation comme Albator ou Cobra. Quelques paragraphes suffisent à donner corps à cet univers. La nouvelle reprend des réflexions classiques autour de la thématique du clonage (notions d’identité, de souvenir…) en y introduisant des éléments plus contemporains : les clones sont créés par une sorte d’imprimante 3D. Bien menée, cette nouvelle de science-fiction teintée de roman noir est une vraie réussite. Une de mes préférées du recueil !

« Economie d’énergie » de Bernard Sigaud

On est ici face à un exercice de style. Comme son titre l’indique, cette courte nouvelle s’articule autour du thème de l’économie d’énergie. Si ce thème est bien au cœur de l’histoire il se répercute également dans le style de l’auteur. Phrases courtes, abus d’ellipses, économie de mots. Le problème de l’exercice de style, c’est que cela peut rapidement devenir démonstratif, stérile et le lecteur y sera plus ou moins réceptif. Dans mon cas, ce sera définitivement moins…

« Au-delà du Val Sombre » de Marlène Charive

Dans ce récit d’Heroic Fantasy, on suit un groupe d’aventuriers mal en point qui fuit une menace invisible. On est en territoire connu pour quiconque est déjà un peu familier avec l’univers fantasy. On peut d’ailleurs penser que c’est parce que l’auteure a estimé que sa nouvelle était peut-être trop convenue qu’elle a rajouté un twist final qui s’avère superflu.  Certes, c’est classique mais le style maîtrisé fait que l’on suit l’aventure avec plaisir. Encore une auteure à suivre !

« Golem » de Sara Pintado

Encore une excellente nouvelle ! « Golem » est un récit de fantasy mais plus dans la veine d’un Robert E. Howard : on y retrouve l’ambiance unique, sombre, parfois désespérée, des aventures de Conan. Comme chez Conan, l’élément fantastique est apporté par la magie. Une magie par ailleurs assez « scientifique », puisqu’il s’agit ici d’un lavage de cerveau. L’histoire est rondement menée, évitant adroitement les écueils du style. La force de cette nouvelle est qu’en s’appuyant sur un univers connu de tous, Sara Pintado se donne le temps et l’espace suffisant pour s’attacher au développement des personnages qu’elle parvient à rendre crédibles. Encore une fois, du tout bon !

« Nouvelle Eve » de Jean-Luc Marcastel

L’humanité est quasiment annihilée par des créatures extraterrestres insectoïdes… Cette nouvelle est certainement celle qui est la plus imprégnée de culture geek. Bien que correctement écrite et malgré une fin plutôt pessimiste, l’histoire ne parvient pas suffisamment à s’affranchir de ses influences (on pense à Terminator, Predator et bien sûr Alien) pour réellement s’imposer. Une nouvelle finalement assez moyenne.

« Dosta ! » de Bruno Pochesci

Dracula n’est pas mort et il habite actuellement dans un petit pavillon de la banlieue parisienne. Suite à un petit séjour en Ukraine au printemps 1986, il ne supporte plus l’obscurité… Bruno Pochesci prend un malin plaisir à détourner les codes des histoires de vampires. L’air de rien, il aborde également quelques sujets de société, que ce soit la laïcité ou la montée du racisme ordinaire. Dommage que le style se fasse un peu trop vulgaire sur la fin. Cela ne se justifie pas forcément et devient plus gênant que drôle. Mis à part ce petit bémol, « Dosta ! » est une excellente nouvelle.

« L’impératrice » de Jeanne-A Debats

Voilà une nouvelle ambitieuse ! Elle traite des concepts de religion et de divinité. Enfin, je crois…. Rédigé sous forme de dialogue, le récit s’avère confus et à vrai dire maladroit. Cette nouvelle m’a rappelé les BD de science-fiction qu’on pouvait trouver dans les magazines du genre Ère comprimé. En tout cas, je n’ai pas adhéré.

« La Course à la mer » de Jean-Pierre Andrevon

Attention, là c’est du lourd ! Bien que dénotant avec le reste du recueil (légère, gentiment fantastique et surtout beaucoup plus positive), cette nouvelle est peut-être bien la meilleure de ce hors-série ! A sa lecture, je m’imaginais un univers à la Ghibli réalisé par Pixar et où se promènerait un Grand Duduche sous influence des Monty Python ! Cette histoire de course à la mer où les concurrents utilisent comme véhicule leur propre maison est très bien écrite. Le format de la nouvelle est particulièrement approprié pour retranscrire l’intensité de la course. Au milieu de toute cette excitation, se dessine progressivement une histoire d’amour entre deux jeunes gens qui m’ont délicieusement rappelé le Grand Duduche et la fille du Proviseur.

Un beau moment de poésie plein d’humour qui fait de cette nouvelle ma préférée du recueil !

(A noter que Jean-Pierre Andrevon est également l’auteur de l’excellent pavé 100 et plus de cinéma fantastique et de science-fiction aux éditions Rouge-Profond.)

 

Félicitations à Gandahar pour ce hors-série de haute volée qui prouve que la littérature fantastique française se porte bien et compte de nombreux talents !

Site de l’association Gandahar : http://www.gandahar.net/

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